Dr. Robert Aymar
Le Conseil du CERN*, au sein duquel les représentants des vingt Etats membres de l'Organisation décident des programmes scientifiques et des ressources financières, a tenu ce jour sa 123e session sous la présidence du professeur Maurice Bourquin. L'élection du prochain Directeur général, le plan de base pour 2003-2010 et un nouveau statut pour les Etats non européens figuraient parmi les points qui ont fait l'objet d'une décision positive.
M. Robert Aymar nommé futur Directeur
général
M. Robert Aymar , Directeur du Réacteur thermonucléaire expérimental
international (ITER), a été nommé pour succéder au professeur Luciano
Maiani en qualité de Directeur général du CERN à compter du 1er janvier
2004. M. Aymar, nommé pour cinq ans, présidera à la mise en service
de la machine qui constitue le projet majeur actuel du CERN, le Grand
collisionneur de hadrons (LHC), en 2007. Il travaillait auparavant au
Commissariat français à l'énergie atomique (CEA). Il a également dirigé
le programme Tore Supra - l'un des plus grands tokamaks au monde, basé
sur l'utilisation d'aimants toroïdaux supraconducteurs - depuis sa conception
en 1977 jusqu'à son exploitation en 1988. Il connaît bien les défis
que doit relever le projet LHC, puisqu'il a dirigé le Comité d'examen
externe créé en décembre 2001 pour trouver une solution à l'accroissement
du coût du LHC à la date de son achèvement. Commentant sa nomination,
M. Aymar a déclaré : "Je suis très honoré par cette décision et je
remercie les membres du Conseil pour la confiance qu'ils ont placée
en moi. Le CERN est une institution prestigieuse : Je suivrai les bons
exemples de mes prédécesseurs et avec l'aide du personnel du CERN, des
membres des collaborations et de ceux qui soutiennent cette institution,
j'espère pouvoir offrir à celle-ci l'avenir brillant et tout le succès
qu'elle mérite."
Un Plan de base pour assurer l'avenir
du LHC
Le Conseil a assuré l'avenir du projet LHC en approuvant à l'unanimité
le Plan de base pour 2003-2010. La Direction du CERN a présenté une
proposition de révision du cadre financier défini en 1996 pour le LHC,
avec comme priorité absolue l'achèvement du LHC en 2007. Ce nouveau
Plan de base confirme l'objectif d'une mise en service du LHC en avril
2007. La majorité des ressources du CERN seront engagées sur le projet,
ce qui ne laissera subsister qu'un programme hors LHC très limité. Dans
le Plan, des budgets globaux jusqu'à l'achèvement, comprenant les dépenses
de matériel et de personnel, ainsi qu'une provision pour imprévus, sont
affectés à la construction du LHC et la participation du CERN à la construction
des détecteurs. L'une des bases du Plan est un examen complet, effectué
en 2002, des ressources humaines de l'Organisation. Le Directeur général
Maiani s'est félicité de l'approbation du Plan par le Conseil en soulignant
que le dévouement montré par l'ensemble du Laboratoire en 2002 s'était
traduit par "un programme bien ciblé et un Laboratoire déterminé".
"Cette approbation", a-t-il ajouté, "montre que le CERN est à
nouveau sur la bonne voie."
Le LHC est maintenant au centre des activités du CERN : les éléments de l'accélérateur arrivent au Laboratoire en provenance du monde entier. Les détecteurs qui équiperont la nouvelle machine sont en bonne voie pour être achevés en 2007, et une première version limitée de la grille de calcul mondiale pour le LHC entrera en service en juillet 2003 en prévision des gigantesques volumes de données qui afflueront des futures expériences. Le professeur Maiani a déclaré : "Le CERN est fermement axé sur le calendrier actuel".
Les grands résultats scientifiques
de 2002
Passant en revue les résultats scientifiques de l'année, le professeur
Maiani a décrit un programme brillant, malgré les réductions de temps
de faisceau. Le grand événement scientifique de l'année a été l'observation
d'un grand nombre d'atomes d'antihydrogène par les expériences ATHENA
et ATRAP. De nouvelles installations à basse énergie (REX-ISOLDE et
nTOF) sont mises en service, et dans les hautes énergies trois expériences
(COMPASS, NA48 et NA60) ont recueilli des données de bonne qualité en
2002. Le projet Neutrinos du CERN vers le Gran Sasso (CNGS) maintient
son objectif d'un premier faisceau en mai 2006. Concernant la R&D sur
les accélérateurs, le professeur Maiani a souligné que dans le cadre
du projet CLIC on avait pu obtenir les gradients accélérateurs élevés
(150 MV/m) qui seront nécessaires aux futures machines exploitées aux
frontières des hautes énergies. Il a également informé le Conseil d'une
nouvelle initiative lancée par le Comité européen sur les futurs accélérateurs
: le Comité de coordination européen pour la R&D sur les accélérateurs
(ESGARD). Ce comité a été créé pour coordonner cette activité à l'échelle
du continent, il recherche un appui auprès du Sixième programme-cadre
de l'Union européenne, et le CERN sera un partenaire actif.
L'Inde obtient le statut d'observateur
Le Conseil a accordé le statut d'observateur à l'Inde, partenaire dynamique
du CERN depuis de nombreuses années. L'Inde a fourni des équipements
et des équipes de techniciens pour le LEP, l'ensemble des injecteurs
axé sur le PS et les expériences avec cibles fixes. Un accord de coopération
signé en 1991 et reconduit pour dix ans en 2001 a officialisé ces contributions.
La signature du protocole de 1996 avec le Département indien de l'énergie
atomique a fait de l'Inde l'un des premiers Etats non-membres apportant
d'importantes contributions au LHC. Les scientifiques indiens sont également
des membres très appréciés des collaborations ALICE et CMS, et leurs
compétences informatiques sont mises à profit pour les projets de grilles
de calcul dans le cadre de nouveaux protocoles signés cette année.
Nouveau statut d'associé
pour les Etats non européens
Reconnaissant le caractère de plus en plus mondial de la physique
des particules et du CERN en particulier, le Conseil a convenu de créer
un statut d'associé pour les Etats non européens
qui souhaitent apporter des contributions appréciables aux activités
du CERN. Les utilisateurs scientifiques du CERN représentent
déjà la moitié des expérimentateurs en physique
des particules du monde et près d'un tiers sont originaires
d'Etats non-membres du CERN. Un statut d'associé offrirait
un partenariat plus étroit que celui qui existe actuellement.
L'Etat associé contribuerait au financement du CERN en versant
une contribution annuelle, dont le niveau serait toutefois moins important
que celle d'un Etat membre du fait de droits moins étendus.
L'Etat associé aurait entre autres le droit de participer
aux activités du CERN et d'assister au Conseil. Ses nationaux
pourraient postuler pour des emplois au CERN et ses entreprises soumissionner
pour des contrats du CERN.
Nominations de personnel supérieur
M. Werner Zapf (DE) a été nommé chef par intérim de la Division des
ressources humaines du 1er mai 2003 au 31 décembre 2003.
Elections
M. J. Feltesse (FR) a été réélu Président du Comité des directives scientifiques
un an à compter du 1er janvier 2003.
Les professeurs P. Carlson (SE), K. Rybicki (PL) et J. Stachel (DE)
ont été reconduits dans leurs fonctions de membres du Comité des directives
scientifiques pour trois ans à compter du 1er janvier 2003.
Le professeur M. Bourquin (CH) a été réélu Président du Conseil pour
un an à compter du 1er janvier 2003.
Le professeur R. Sosnowski (PL) a été réélu Vice-Président du Conseil
pour un an à compter du 1er janvier 2003.
Mme B. Sode-Mogensen (DK) a été réélue Présidente du Comité des finances
pour un an à compter du 1er janvier 2003.
Mme J. Seed (GB) a été réélue Vice-Présidente du Comité des finances
pour un an à compter du 1er janvier 2003.
Curriculum Vitae du Dr. Robert AYMAR
Né en 1936, Robert Aymar, de nationalité française, a étudié à l'Ecole Polytechnique avant d'entrer au Corps des Poudres (ancienne agence gouvernementale française spécialisée en recherche fondamentale et appliquée).
Après son affectation au CEA (Commissariat français à l'Energie Atomique) en 1959, sa carrière s'est orientée vers la recherche fondamentale en physique des plasmas et ses applications dans la fusion thermonucléaire contrôlée.
En 1977, Robert Aymar a été nommé Chef du projet Tore Supra, un tokamak supraconducteur devant être construit à Cadarache, dans le sud de la France. Il dirigea le projet de sa conception jusqu'à sa construction et sa mise en service en 1988, lorsque les premiers plasmas furent produits. Les objectifs de Tore Supra sont à la fois technologiques utilisation de bobines supraconductrices refroidies à 1,8 Kelvins par de l'hélium superfluide et scientifiques confinement de plasmas chauds et denses pour produire des décharges de longue durée.
En 1990, Robert Aymar fut nommé Directeur à la Direction des Sciences de la Matière du CEA. A ce poste, il prit la tête d'un large éventail de programmes de recherches, théoriques et expérimentaux, incluant l'astrophysique, la physique nucléaire, des hautes énergies et des particules, la physique et la chimie de la matière condensée, la paléoclimatologie, mais aussi la fusion thermonucléaire par confinement magnétique.
En tant que Directeur du CEA, Robert Aymar siégea dans de nombreux conseils et comités au niveau national et au niveau international comme délégué français. Néanmoins, il a continué à jouer un rôle personnel dans le programme de fusion, comme Président du Comité de pilotage de la technologie de fusion et comme membre du Conseil scientifique de JET et du Comité consultatif technique de ITER. En décembre 2001, il a été nommé Président du Comité d'examen externe du LHC mandaté pour évaluer le projet LHC. Il a présenté les résultats au Comité des directives scientifiques du CERN et au Comité du conseil en juin 2002.
Robert Aymar a été nommé Directeur de la collaboration internationale sur la fusion ITER par le Conseil de ITER en juillet 1994 et Chef d'équipe internationale en juillet 2001. ITER (Réacteur thermonucléaire expérimental international) est une collaboration internationale dont l'objectif est de démontrer la faisabilité scientifique et technique de la fusion nucléaire à des fins pacifiques.
* Le CERN, l'Organisation européenne pour la recherche nucléaire, est basé à Genève. Actuellement ses états membres sont l'Autriche, la Belgique, la Bulgarie, la République Tchèque, le Danemark, la Finlande, la France, l'Allemagne, la Grèce, la Hongrie, l'Italie, les Pays Bas, la Norvège, la Pologne, le Portugal, la République de Slovaquie, l'Espagne, la Suède, la Suisse et le Royaume Uni. Inde, Israël, le Japon, la Fédération de Russie, les Etats Unis d'Amérique, la Turquie, la Commission Européenne et l'UNESCO ont un statut d'observateur.